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 les quatres sources

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Isha
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MessageSujet: les quatres sources   24/11/2006, 11:11

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Un synopse définit la mise en colonnes des différents passages communs à l’un ou l’autre des évangélistes. La matière de l’Évangile de Marc se retrouve presque entièrement dans Matthieu et dans Luc, ou bien dans l’un ou l’autre de ces évangiles. La comparaison entre les trois récits parallèles révèle dans d’assez nombreux cas l’étroitesse de la parenté : non seulement leur thème est commun, mais les textes sont très proches l’un de l’autre jusque dans le détail de l’expression.
Les évangiles de Matthieu et de Luc ont en commun de nombreux matériaux (plus de 200 versets) ignorés de Marc. La grande masse de ces matériaux communs consiste en paroles de jésus. A côté de ces éléments de triple tradition (Mc, Mt et Lc) ou de double tradition (Mt et Lc), les évangiles contiennent chacun des données propres. Peu abondants dans Marc, ces éléments particuliers constituent une portion importante dans Matthieu et plus encore dans Luc. Pour ce qui concerne l’ordre dans lequel se présentent les éléments communs aux trois synoptiques, la séquence est souvent la même pour les trois, et l’ordre semble commandé par Marc qui apparaît en somme comme le dénominateur commun ainsi que le montre la particularité suivante : là où Matthieu et Luc ne sont pas soutenus par Marc, ils divergent aussi entre eux. C’est justement la conformité dans l’ordre des péricopes (unités littéraires clairement délimitées : un récit, une parabole, un petit discours) qui permet une lecture « synoptique ». Il en est de même pour les éléments communs à Matthieu et Luc.
Ces observations contraignent d’envisager des sources et des dépendances littéraires. Depuis plus de deux siècles, les spécialistes proposent des solutions variées pour résoudre l’énigme : qui dépend de qui ?
A ce jour, aucune théorie n’a pu s’imposer universellement, mais l’hypothèse dite des « deux sources » rallie les suffrages de la grande majorité des experts. Elle tient que Matthieu et Luc, chacun de leur côté, ont utilisé comme première source l’Evangile de Marc, et comme seconde source un document qui leur a fourni les matériaux de la double tradition, c’est-à-dire absents de Marc. On l’appelle communément « source Q », mais nous ne disposons pas de ce document dont l’existence est postulée. Dans notre cas, les espoirs de retrouver un jour le document Q dans quelque manuscrit, déposé dans une grotte ou enfoui dans le sable, sont minces : puisque la source Q était assumée par Luc et par Matthieu, il n’y avait pas vraiment de raison de la garder dans la bibliothèque des communautés chrétiennes. Quand on introduit dans le schéma les matériaux propres à Matthieu d’un côté et à Luc de l’autre, la théorie des deux sources devient une théorie des « quatre sources ».
En somme, la publication de l’Evangile de Marc donna naissance à une intense activité littéraire qui, durant les années 70 et 80, fut à l’origine des évangiles de Luc et de Matthieu. Mais qu’en fut-il avant la rédaction de Marc ? L’honneur d’avoir inventé le genre littéraire de l’évangile,un genre qui se rapproche de la biographie telle qu’elle était conçue dans l’antiquité gréco-romairie, revient probablement à Marc. Mais il ne pouvait écrire la biographie de jésus que s’il avait accès à des informations provenant d’autrui, puisqu’il ne figurait pas lui-même parmi les disciples directs de jésus. Dès la fin du premier siècle (i Pierre 5,12), on souligne la proximité de Marc avec Pierre, le premier des Douze. Marc dispose ainsi d’un garant de premier rang, du moins si l’on fait confiance à l’ancienne tradition ecclésiastique. Du point de vue purement littéraire, le texte de l’Évangile de Marc laisse luimême transparaître, même s’il ne fournit pas d’indications précises et incontestables, le travail qui a dû être réalisé dans l’intervalle entre jésus et Marc. Le cadre narratif, c’est-à-dire l’ensemble des indications de lieu et de temps qui assurent la progression du récit, est étonnamment pauvre ; on s’en rend compte dès lors qu’on cherche à inscrire sur une carte et dans un calendrier les déplacements du héros. Un exemple significatif est fourni par la récurrence de la formule vague « et de nouveau » qui sert à enchaîner les unités littéraires. Par ailleurs, et surtout, le lien entre ce cadre et les récits ou paroles qu’il rassemble paraît souvent tout à fait artificiel. D’autre part, les récits sont parfois regroupés en fonction de leur genre littéraire commun. Une bonne illustration est fournie par la controverse, un genre qui sert à narrer, sans beaucoup de variations et avec peu de détails circonstanciés, les conflits opposant jésus et tel ou tel adversaire. Chez Marc (2, I à 3, 6), cinq controverses sont présentées à la suite l’une de l’autre, non pas parce que les choses se seraient passées ainsi dans l’histoire, mais tout simplement parce qu’elles se ressemblent par leur thème et par leur genre littéraire commun. Il est vraisemblable que Marc n’a pas réalisé lui-même cette série mais qu’il l’a trouvée dans sa documentation.
L’évangile de Marc rappelle sans se lasser que Jésus « enseignait », mais le lecteur ne saura guère ce que jésus enseignait. En effet, les paroles de jésus, importantes en nombre dans Matthieu et dans Luc notamment en raison de leur utilisation de la source Q, sont assez rarement citées dans l’Évangile de Marc. Il est d’autant plus curieux qu’elles se retrouvent groupées (voir Mc 4, 21-25 ; 8, 3438 ; 10, 41-45). Là aussi, on ne peut pas exclure que Marc lui-même soit Pauteur de ces regroupements, mais, plus vraisemblablement, ces paroles avaient été regroupées bien avant la rédaction de son évangile ; non pas comme des pièces de musée gérées par des archivistes, mais comme des matériaux à utiliser dans la vie des communautés, en l’occurrence dans les premières catéchèses chrétiennes. Parfois la lecture attentive des textes permet de détecter des procédés de composition assez surprenants pour nous. C’est le cas du mot-crochet, qui semble avoir été utilisé surtout au stade de la transmission orale : il suffit qu’un même mot thématique soit présent dans deux ou plusieurs unités pour qu’un regroupement ancien puisse être envisagé.
Des observations de ce genre permettent de détecter avec une vraisemblance suffisante les grandes lignes, ou, plus modestement, le fait lui-même du développement de la tradition évangélique depuis ses origines, dans la pratique et dans l’enseignement de jésus jusqu’à sa reprise dans l’évangile le plus ancien.
Donné avec l’habileté littéraire d’un véritable poète par quelqu’un dont l’autorité fut impressionnante, cet enseignement se sera gravé dans la mémoire des disciples et aura gagné encore en valeur quand, rendu à la vie par la résurrection -la foi en la résurrection fut en effet le facteur sans lequel l’affaire jésus aurait probablement été classée -le maître fut reconnu comme le Seigneur. Son activité remémorée permettait de le présenter aux auditeurs de la première prédication chrétienne, comme celui « qui avait passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable » (Ac 10, 38). Ses paroles servirent très tôt, comme nous le voyons dans le cas de Paul (Co 7, 10 ; 9, 14), dans les diverses activités des communautés chrétiennes. Les traditions relatives à jésus furent peu à peu groupées, oralement d’abord, mais sans doute aussi par écrit sans trop attendre.La comparaison minutieuse des textes atteste que la tradition évangélique ne fut pas gérée comme une pièce de musée. En dépit de la fixité qu’on attribue généralement à la culture orale, les paroles de Jésus ont été transmises en effet avec une grande liberté. La naissance des livrets évangéliques a certainement restreint cette liberté, dans la mesure où la mise par écrit, stimulée par la disparition progressive des témoins, fut ertainement due en partie à la nécessité de fixer la tradition. Mais la fidélité continue d’être créatrice, comme on peut le vérifier dans la façon dont Matthieu et Luc ont repris l’Évangile de Marc en adaptant les matériaux à des besoins nouveaux et en fonction des communautés destinataires. Ce fait complique l’exploitation des Évangiles dans la recherche historique sur jésus, mais fournit indirectement des informations utiles sur le christianisme naissant.

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